De passage à Conakry, Oumou Sangaré a livré un témoignage fort sur ses racines guinéennes et maliennes, rappelant que le Wassoulou est une identité culturelle qui dépasse les frontières héritées de la colonisation.
Une icône africaine face à son histoire
Icône mondiale de la musique africaine, Oumou Sangaré n’est plus à présenter. Depuis plus de trois décennies, la diva malienne du Wassoulou porte une voix singulière : celle des femmes africaines, de la dignité, de la mémoire et de la résistance culturelle.
Mais le 16 mars 2023, à l’hôtel Palm Camayenne de Conakry, lors d’une conférence de presse organisée en marge de son double concert produit par B Events, l’artiste a fait bien plus que parler musique. Elle a parlé d’identité, d’origines et d’unité africaine.
Face aux journalistes guinéens, Oumou Sangaré a revendiqué avec émotion son attachement profond à la Guinée, rappelant que son histoire personnelle est indissociable de celle du Wassoulou, cet espace culturel transfrontalier partagé entre le Mali, la Guinée et la Côte d’Ivoire.
Oumou Sangaré, une voix universelle née du Wassoulou
Des racines entre Guinée et Mali
La chanteuse l’a expliqué sans détour :
- sa mère est malienne,
- son père est originaire du Wassoulou, une région qui s’étend bien au-delà des frontières administratives actuelles.
« Avant les colons, il n’y avait qu’un seul Wassoulou », a-t-elle rappelé avec fermeté. Une phrase simple, mais lourde de sens.
En revendiquant cette filiation, Oumou Sangaré assume une identité multiple et assumée :
- une part de son héritage plonge en Guinée,
- une autre au Mali,
- mais son socle culturel reste le Wassoulou, espace historique unifié par la langue, les traditions, les rites et la musique.
Un rappel essentiel à l’heure où les frontières continuent parfois de diviser ce que l’histoire avait uni.
Le Wassoulou : terre de culture, de femmes et de résistance
Une région, un son, une mémoire
Le Wassoulou n’est pas seulement une zone géographique. C’est une civilisation musicale et spirituelle, connue pour ses chants traditionnels portés par le kamalé n’goni, instrument emblématique d’Afrique de l’Ouest.
Cette musique, transmise de génération en génération, est historiquement portée par les femmes. Oumou Sangaré en est aujourd’hui la principale ambassadrice mondiale, celle qui a fait entrer le Wassoulou sur les plus grandes scènes internationales, des festivals africains aux salles mythiques d’Europe et d’Amérique.
Mais chez elle, la musique n’est jamais neutre.
Une artiste engagée, bien au-delà de la scène
La voix des femmes africaines
Depuis ses débuts, Oumou Sangaré utilise son art comme un outil de transformation sociale. Elle dénonce :
- les mariages forcés,
- la polygamie subie,
- les injustices faites aux femmes.
Son engagement lui a valu reconnaissance et respect, mais aussi parfois critiques. Qu’importe : la diva du Wassoulou a choisi son camp, celui de la vérité et de la dignité.
Son discours à Conakry s’inscrit dans cette continuité : rappeler que la culture peut réparer ce que l’histoire politique a fragmenté.
“Nous étions Wassoulou avant les colons” : un message d’unité africaine
Lors de cette rencontre avec la presse, Oumou Sangaré a livré une phrase devenue virale :
« Nos parents étaient unis, il faut qu’on essaie de maintenir ce lien. Nous étions Wassoulou avant les colons et nous le resterons. »
Au-delà de l’émotion, le message est clair :
les frontières coloniales ne doivent pas effacer les liens ancestraux, ni la mémoire collective des peuples ouest-africains.
Ce discours résonne fortement auprès :
- des jeunes générations africaines, en quête de repères,
- de la diaspora, souvent tiraillée entre plusieurs identités,
- et des acteurs culturels qui militent pour une Afrique réconciliée avec son histoire.
Le Festival du Wassoulou : faire vivre l’héritage
Quand la culture devient un acte politique
Pour traduire ses paroles en actes, Oumou Sangaré a lancé le Festival du Wassoulou, un rendez-vous culturel majeur qui réunit artistes, chercheurs, artisans et passionnés.
Ses objectifs sont clairs :
- faire rayonner les musiques traditionnelles du Wassoulou à l’international ;
- valoriser les femmes artistes et artisanes, gardiennes du patrimoine immatériel ;
- renforcer les liens culturels entre le Mali, la Guinée et la Côte d’Ivoire.
Dans un contexte africain marqué par les fractures héritées de l’histoire coloniale, ce festival agit comme un pont culturel, une réponse pacifique et créative aux divisions.
Une fierté partagée pour la Guinée et le Mali
Le passage d’Oumou Sangaré à Conakry a été vécu comme un retour aux sources. Pour de nombreux Guinéens, voir cette icône mondiale revendiquer leur terre comme partie intégrante de son identité est une source de fierté.
Ce moment rappelle aussi le rôle central de la Guinée dans l’histoire culturelle ouest-africaine, berceau de grandes traditions musicales et de figures majeures du panafricanisme.
Un impact culturel et identitaire durable
La déclaration d’Oumou Sangaré dépasse largement le cadre artistique. Elle s’inscrit dans un débat fondamental sur :
- l’identité africaine,
- la mémoire partagée,
- et la nécessité de reconstruire des récits communs malgré les frontières imposées.
Dans un monde globalisé, son message agit comme une boussole :
s’ouvrir au monde sans se couper de ses racines.
La musique comme trait d’union
Avec sa voix puissante et son discours rassembleur, Oumou Sangaré incarne bien plus qu’une star de la musique africaine. Elle est un trait d’union entre les peuples du Wassoulou, une passeuse de mémoire, une conscience culturelle.Son passage en Guinée rappelle une évidence parfois oubliée :
en Afrique, la musique n’est pas seulement un art.
Elle est mémoire, résistance et unité.




