Par la rédaction de Djikké Média
La Guinée est dans une période électorale. Avec elle arrive une vague de contenus numériques : certains vrais, beaucoup trompeurs, certains carrément fabriqués. Ce guide simple vous aide à naviguer sans vous noyer.
Pourquoi votre téléphone est aussi un champ de bataille
En période électorale, votre smartphone devient un terrain d’affrontement invisible. Des images circulent sur WhatsApp avant même qu’elles soient vérifiées. Des vidéos montées de toutes pièces se propagent sur TikTok et Facebook en quelques heures. Des déclarations inventées sont attribuées à des personnalités politiques. Des rumeurs communautaires alimentent des tensions réelles.
Ce phénomène n’est pas propre à la Guinée. Selon une enquête UNESCO/Ipsos publiée en 2023, 85 % des personnes interrogées se disent préoccupées par l’impact de la désinformation en ligne, et 87 % estiment qu’elle a déjà affecté la vie politique de leur pays. (UNESCO, « Information and Democracy », 2023). En Afrique subsaharienne, les plateformes de messagerie comme WhatsApp sont devenues les premiers vecteurs de diffusion de fausses informations, notamment parce qu’elles permettent une propagation rapide dans des groupes fermés, sans aucun contrôle éditorial. Les campagnes de désinformation visant à manipuler les systèmes d’information africains ont presque quadruplé depuis 2022, entraînant des conséquences déstabilisantes et antidémocratiques, selon le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique.
La bonne nouvelle ? Vous n’avez pas besoin d’être journaliste ou expert en technologie pour vous protéger. Il suffit d’adopter quelques réflexes simples, que voici.
Réflexe 1 : Faites une pause avant de partager

C’est le réflexe le plus puissant et le plus sous-estimé. Avant d’appuyer sur « Transférer », posez-vous une seule question : Est-ce que je sais si c’est vrai ?
Des études en psychologie de la communication montrent que la majorité des contenus faux sont partagés non par malveillance, mais par automatisme, par émotion ou par volonté de participer à une conversation (MIT Media Lab, étude « The spread of true and false news online », Science, 2018). Prendre deux secondes pour réfléchir suffit souvent à briser cette chaîne.
À faire : Avant de partager, demandez-vous : Qui a publié cela ? Quand ? Où ? Pourquoi ?
Réflexe 2 : Méfiez-vous des captures d’écran sans source

Une capture d’écran est l’un des outils de désinformation les plus faciles à fabriquer. En quelques clics, n’importe qui peut créer une fausse déclaration d’un ministre, d’un candidat ou d’une institution. Résultat : une image qui ressemble à une information officielle mais qui n’a aucune base réelle.
À faire : Cherchez toujours la source originale. Si une capture d’écran prétend montrer un tweet, un communiqué ou un article de presse, vérifiez directement sur le compte ou le site officiel concerné.
Réflexe 3 : Vérifiez les images avec la recherche inversée
Beaucoup d’images virales en période électorale sont des images anciennes, sorties de leur contexte ou prises dans un autre pays. Une photo présentée comme montrant des violences en Guinée peut en réalité avoir été prise au Niger, au Mali ou même hors d’Afrique.
Outils gratuits à utiliser :
- Google Images (images.google.com) : glissez-déposez une image pour trouver son origine.
- TinEye (tineye.com) : moteur de recherche inversée d’images.
- Bing Visual Search : fonctionne sur mobile facilement.
À faire : Si une image choc circule, prenez 30 secondes pour la vérifier avec l’un de ces outils avant de la partager.
Réflexe 4 : Questionnez les vidéos émotionnelles
Les vidéos sont encore plus difficiles à vérifier que les images, mais certains signes doivent vous alerter. Une vidéo peut être tronquée, accélérée, ralentie, sous-titrée différemment ou tout simplement recyclée d’une autre époque ou d’un autre pays.
Outils gratuits :
- InVID / WeVerify (disponible en extension navigateur sur invid-project.eu) : outil professionnel utilisé par les fact-checkers du monde entier pour analyser les vidéos image par image.
- YouTube DataViewer d’Amnesty International (citizenevidence.amnestyusa.org) : pour vérifier la date de mise en ligne d’une vidéo YouTube.
À faire : Une vidéo qui suscite une réaction forte en vous — colère, peur, indignation — mérite une vérification avant d’être partagée. Les contenus émotionnels sont précisément ceux que les manipulateurs utilisent le plus.
Pour un exemple concret, nous avons déconstruit cette vidéo dans un article à consulter [ici].
Réflexe 5 : Apprenez à reconnaître les deepfakes
Les deepfakes sont des vidéos ou des images générées ou modifiées par intelligence artificielle pour faire dire ou faire quelque chose à une personne réelle. Leur qualité s’améliore rapidement, mais certains signes restent visibles.
Signes à observer :
- Le visage semble flou ou pixélisé sur les bords, surtout au niveau des cheveux et des oreilles.
- Les mouvements des lèvres ne correspondent pas parfaitement aux sons.
- Les yeux clignent de manière anormale ou fixent sans bouger.
- La lumière ou les ombres semblent incohérentes entre le visage et le fond.
- La voix semble robotique ou légèrement déformée.
Outil utile :
- Hive Moderation (hivemoderation.com) propose un détecteur de deepfakes accessible en ligne.
Si vous avez un doute, la bonne décision est de ne pas partager.
Réflexe 6 : Consultez les médias et organisations de fact-checking
Plusieurs organisations produisent des vérifications rigoureuses de l’information en Afrique et dans la sous-région. Consultez-les régulièrement, notamment en période électorale.
Références fiables :
- Djikké Média – section Fact-checking : djikke.com/category/fact-checking
- Africa Check : africacheck.org — organisation indépendante de fact-checking panafricaine.
- AFP Fact Check Afrique : factuel.afp.com — service de vérification de l’Agence France-Presse.
- BBC Verify : bbc.com/news/reality-check
- Snopes : snopes.com — pour les rumeurs à dimension internationale.
À faire : Quand une information semble importante, cherchez si l’une de ces sources l’a déjà analysée.
Réflexe 7 : Protégez vos comptes et méfiez-vous des liens suspects
En période électorale, les tentatives de piratage de comptes et de diffusion de liens malveillants augmentent. Un lien reçu sur WhatsApp peut vous conduire vers un site frauduleux conçu pour voler vos données personnelles ou diffuser automatiquement de fausses informations à partir de votre compte.
Bonnes pratiques :
- Activez la vérification en deux étapes sur WhatsApp, Facebook et X.
- Ne cliquez pas sur des liens provenant de numéros inconnus ou de groupes non vérifiés.
- Vérifiez l’URL d’un site avant d’y entrer vos informations (méfiez-vous des adresses qui imitent des sites officiels avec une lettre en plus ou en moins).
- Ne partagez jamais votre code de vérification SMS avec quiconque.
Ce qu’il faut retenir, c’est “Votre geste, votre responsabilité”
La désinformation électorale ne prospère que parce que des gens bien intentionnés la partagent sans vérifier. Vous êtes la dernière ligne de défense avant que l’information fausse n’atteigne vos contacts.
Vérifier avant de partager n’est pas une marque de méfiance envers les autres. C’est un acte civique. C’est protéger votre communauté. C’est refuser d’être un outil involontaire de manipulation.
En Guinée, nous avons le droit à une information de qualité. Nous avons aussi la responsabilité de ne pas en diffuser de mauvaise.
#VraiOuFauxGuinée — Vérifiez avant de partager.
Cet article a été produit par Djikké Média dans le cadre du projet Djinto Goon’ga. Ce travail a été réalisé dans le contexte de l’Africa Digital Rights Fund, avec le soutien de la Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa — CIPESA. Djikké Média assume l’entière responsabilité éditoriale du contenu.




